La pollution de l'eau en France

Les différentes formes de pollution de l'eau

La pollution organique

Les bactéries et les virus que l'on trouve dans l'eau constituent les principales formes de pollution organique. Ils sont issus de la décomposition naturelle de certaines matières telles que les déjections animales, les animaux morts ou le pourrissement de végétaux. Cette pollution peut aussi provenir de rejets agricoles comme les effluents d'élevages.

Quant à elles, les eaux usées comportent des taux variables de matières organiques en décomposition selon l’efficacité des systèmes d’épuration. Une eau épurée est censée contenir le moins d'agents pathogènes possible afin d'éviter la propagation de maladies.

Celles-ci peuvent être bénignes comme les diarrhées et les gastro-entérites, ou plus graves comme le choléra et la salmonellose. La transmission à l’homme se fait par ingestion ou à travers des blessures de la peau. En France, la surveillance de la qualité de l’eau propre à la consommation ou à la baignade permet de réduire fortement le risque de contraction de ces pathologies. Pour dégrader les matières organiques, les bactéries ont besoin d'oxygène.

Or, c'est la quantité d'oxygène présente dans l'eau qui détermine la qualité du développement de la faune et de la flore. Lorsque la quantité de matière organique devient trop importante, le niveau d'oxygène dissous dans l’eau baisse fortement et l'écosystème est en situation d'hypoxie.

Lorsqu'il n'y a plus du tout d'oxygène, on parle d'anoxie. Ces phénomènes de raréfaction et de disparition de l'oxygène engendrent des taux de mortalité anormalement élevés chez les poissons notamment et d'une manière générale chez tous les autres êtres vivants.

De la dégradation de matière organique résulte aussi l'apparition de nutriments comme l’ammonium, qui n'est autre que l'ammoniac sous sa forme dissoute dans l'eau. Présent en trop grande quantité, l'ammonium augmente les risques d'eutrophisation. En d'autres termes, il s'agit de la prolifération d'algues vertes communément appelée « marées vertes ».

Celles-ci émettent des toxines dangereuses (les cyanobactéries) qui empêchent l'apparition d'autres formes de vie ou bien les baignades pour l'homme.

Les macropolluants

En France, la pollution chimique est la principale responsable de la détérioration des eaux de surface et des nappes phréatiques. Cette pollution est majoritairement due aux activités industrielles, agricoles et domestiques qui génèrent des déchets chimiques et organiques.

Même si tous ces déchets peuvent avoir des effets néfastes sur les écosystèmes, nous nous intéresseront plus particulièrement ici aux nitrates et aux phosphates. Ces deux minéraux sont naturellement présents dans la nature, mais si leurs taux de concentration sont trop importants, ils perturbent l'équilibre biologique des milieux.

Pour leur croissance, les plantes ont besoin de nutriments comme l’azote et le phosphore. L’azote est issu de la transformation des nitrates, des nitrites et de l’ammoniac ; le phosphore provient des phosphates. Le taux de nitrates naturellement présent dans les zones aquatiques est faible, mais d'importantes quantités sont rejetées par les activités humaines.

À titre d'exemple, pour augmenter artificiellement la quantité d'azote dans le sol, des engrais azotés et des effluents d’élevage sont épandus sur les cultures. Les nitrates qu’ils contiennent sont ensuite drainés par les pluies vers les rivières ou dans les nappes phréatiques, entraînant une concentration plus élevée. Le même principe s'applique aux phosphates que l'on retrouve également dans les engrais agricoles.

Les micropolluants

Il s'agit là aussi d'éléments chimiques qui, même en quantité infime, subsistent longtemps dans l’environnement après leur utilisation. On répertorie en outre les pesticides et les biocides, les résidus médicamenteux et les substances issues d’usages industriels ou domestiques (détergents, matières plastiques, colles, etc.). Par ailleurs, des métaux comme le cuivre sont très prisés en agriculture car ils permettent d’éliminer certains champignons.

L’incinération de détritus ou le ruissellement de l’eau sur les toitures sont d’autres sources de propagation de traces métalliques. Pour autant, ces métaux ne sont pas biodégradables et certains s’accumulent dans les sédiments, entraînant une pollution sur le long terme. Ils peuvent aussi se stocker dans les tissus vivants et contaminer toute la chaîne alimentaire.

On constate différents effets toxiques des micropolluants sur les végétaux et les animaux, en l'occurrence le fait qu'ils agissent comme perturbateurs endocriniens. Ils induisent des dérèglements hormonaux qui provoquent à terme des dysfonctionnements du système reproductif.

La structure moléculaire des micropolluants s'avère proche de certaines hormones naturelles comme la testostérone. Les conséquences peuvent être multiples mais conduisent souvent à la diminution du nombre d'individus par espèce. On relève toutefois que la pollution industrielle (notamment métaux lourds, acides et hydrocarbures) a fortement diminué en France à partir de la seconde moitié du XXe siècle. En revanche, la pollution aux médicaments, et notamment à la pilule contraceptive, attire de plus en plus l'attention des autorités.

Les autres formes de pollution

Les déchets qui se retrouvent dans la nature sont progressivement dégradés par les éléments (le soleil, l’eau, le gel, etc.). À terme, ils finissent par se fragmenter en une multitude de petites particules qui sont ensuite transportées par les vents et les pluies. Lorsque ces fragments de déchets atteignent les eaux côtières, puis le large, ils prennent le nom de « déchets marins ».

En effet, les courants les emportent au large et les amassent progressivement au milieu des océans, formant ce que l'on appelle des « continents de plastique ». Pourtant, environ 80 % de ces déchets marins proviennent bel et bien des terres.

Par ailleurs, les accidents comme les marées noires provoquent l'introduction soudaine d'une grande quantité d’hydrocarbures lourds (de type pétrole brut et autres types de fioul) dans les milieux aquatiques. Leur arrivée sur les côtes entraîne la mort de nombreux organismes. Toutefois, la présence d’hydrocarbures n'est pas uniquement le fait d'accidents de transport de pétrole.

Les fuites de réservoir de véhicules ou le dégazage illégal de pétroliers en mer constituent autant de sources de pollution. Ces hydrocarbures plus légers provoquent moins de mortalités par engluement mais ne sont pas moins dénués d'effets toxiques.

Des mesures environnementales efficaces

Au début des années 1990, les phosphates étaient très présents dans les détergents en raison de leurs propriétés anticalcaire et antiredéposition. Or, très vite, les pouvoirs publics français ont constaté un taux de phosphate anormalement élevé dans les cours d’eau, conduisant à une augmentation significative des phénomènes d’eutrophisation.

Pour remédier à cela, la France a pris des mesures. Afin de protéger les masses d’eau fragiles, les stations d’épuration ont eu pour mission supplémentaire de traiter le phosphore. Cela a, par voie de conséquence, entraîné des surcoûts dans le traitement des eaux usées.

Néanmoins, cette politique est un franc succès car après plus d'une vingtaine d'années d'efforts, le phénomène d’eutrophisation a été fortement réduit. Aujourd'hui, la problématique du phosphore et son impact sur les milieux aquatiques provient moins des détergents que du métabolisme humain et des activités agricoles. Parallèlement aux phosphates, la directive européenne « Nitrates » (91/676/CEE) cherche à lutter contre la prolifération de ces autres macropolluants.

L'objectif est de réduire l'eutrophisation et la pollution de l'eau en raison de l'usage excessif de nitrates dans certaines pratiques agricoles. En France, cela s'est concrétisé par la délimitation de zones vulnérables où sont appliquées des programmes d’action nationaux (PAN) et des programmes d'action régionaux (PAR), dans lesquels le recours à l'azote pour l'agriculture est très contrôlé.

Ces territoires sont soumis à des examens tous les quatre ans, qui se basent sur les analyses de la teneur en nitrates dans l'eau. Depuis le 1er septembre 2018, c'est le 6e programme d'action français appliqué dans ces zones vulnérables. Le plan Écophyto II+ est un autre engagement pris par le gouvernement pour lutter contre les micropolluants. D'ici 2025, l'objectif est de diminuer de 50 % l'usage de produits phytopharmaceutiques comme les herbicides, fongicides et insecticides.

À partir de fin 2020 et au plus tard d'ici 2022, l'utilisation du glyphosate sera interdite dans les activités de jardinage, d'entretien des espaces verts et dans l'agriculture.